Au début, ils regardaient les outils avec méfiance. Lucas, seize ans, a admis en riant qu'il n'avait jamais tenu un maillet de calfat de sa vie et ne savait pas très bien à quoi ça servait. Ses deux camarades, Inès et Tom, n'étaient guère plus avancés. Mais Georges, soixante-dix-huit ans, ancien pêcheur professionnel sur l'estuaire, ne s'en est pas formalisé. Il a simplement posé l'outil dans la main de Lucas, placé ses doigts dessus, et dit : « Tu vas voir, c'est comme un rythme. »
Cette scène s'est répétée, sous diverses formes, chaque samedi de janvier à mars dans l'atelier de l'antenne de Blaye. L'association avait lancé un appel au lycée Agricole et Maritime de Blaye pour recruter des jeunes volontaires souhaitant participer à la restauration d'un gabaret — cette barque plate à fond plat qui servait au transport de marchandises et à la pêche dans les eaux peu profondes de l'estuaire. L'embarcation, datant des années 1960 et retrouvée en mauvais état dans une grange proche de Saint-Ciers-sur-Gironde, avait besoin d'un décapage complet, d'un recalfatage des joints et d'une reprise de la membrure intérieure.
La greffe a pris dès la deuxième séance. Ce qui avait commencé comme une curiosité polie est devenu, semaine après semaine, quelque chose de plus profond. Les trois lycéens posaient des questions — beaucoup de questions. Pas seulement sur les techniques, mais sur la vie : comment c'était, de partir pêcher à cinq heures du matin ? Est-ce qu'on avait peur du mascaret ? Combien d'esturgeons pêchait-on en une sortie, dans les années 1970 ? Georges et son ami Maurice, lui aussi ancien marin, répondaient sans se faire prier. On sentait dans leurs voix le plaisir d'être écoutés par des gens qui voulaient vraiment savoir.
À mi-parcours, quelque chose d'inattendu s'est produit : Inès a demandé si elle pouvait apporter son téléphone pour filmer certaines étapes. Avec l'accord de tout le monde, elle a constitué une petite série de courtes vidéos — les gestes du calfat, la pose des rivets, les explications de Georges sur la façon dont le bois travaille avec l'humidité. Ces vidéos, publiées sur la page de l'association, ont généré plus de réactions que n'importe quel autre contenu que nous avions posté auparavant. Des gens de toute la région ont commenté, certains reconnaissant les techniques, d'autres découvrant pour la première fois ce type d'embarcation.
La restauration du gabaret a été achevée début avril. L'embarcation a été mise à l'eau pour un essai sur la Gironde — avec, à bord, les trois lycéens et leurs deux mentors. Aucun des jeunes n'avait navigué sur l'estuaire auparavant. Sur les photos prises depuis la rive ce jour-là, on voit Lucas tenir la barre avec une concentration absolue, le regard fixé sur l'eau devant lui, exactement comme l'avait fait Georges pendant quarante ans.
Ce projet intergénérationnel illustre concrètement ce que nous cherchons à accomplir à l'antenne de Blaye : non pas muséifier un passé révolu, mais créer des ponts vivants entre des personnes que tout semble séparer. Le savoir-faire des anciens marins ne vit vraiment que quand il passe dans des mains nouvelles. Nous préparons une nouvelle session d'ateliers à l'automne prochain — si vous êtes un jeune de la région ou si vous encadrez un groupe souhaitant participer, prenez contact avec nous. Le prochain gabaret attend.